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06/02/2015

Un petit dernier ?

J'avais promis dans mon billet précédent de ne plus vous parler de Michel Houellebecq. Or, en regardant les statistiques de fréquentation de ce blog, je m'aperçois qu'il a atteint en janvier des records de consultation : c'est que le sujet vous intéresse !

Je reviens donc sur ma promesse, pour vous proposer un lien vers un intéressant débat intitulé "Houellebecq mérite-t-il son succès ?" entre un journaliste de l'Obs et un autre du Figaro Magazine. Devinez lequel le défend et lequel le pourfend ?

Houellebecq étant assez inclassable politiquement (certains le placent économiquement à droite, socialement à gauche, d'autres le disent moralement à droite, économiquement à gauche…), il est intéressant de constater que ce sont souvent des journalistes de gauche qui l'apprécient et des journalistes de droite qui le détestent…

A lire aussi, un article complet et passionnant sur le site de La Cause Littéraire, intitulé "Soumission, ou le mauvais rêve de Michel Houellebecq" qui explique notamment pourquoi la seconde partie de Soumission n'est pas très vraisemblable : les innovations sociétales mises en place par la "Fraternité Musulmane" se heurteraient à la Constitution française. Il y a là matière à un autre débat littéraire : pour qu'elle soit bonne, et acceptée par le lecteur, la fiction doit être vraisemblable. Serait-ce là le premier défaut que je trouverais au roman de Michel Houellebecq ?

J'y avais aussi noté quelques faiblesses stylistiques surprenantes (répétitions, tournures à la truelle), semblant indiquer que personne chez Flammarion ne relit les manuscrits de MH ? Mais cela fera l'objet d'un autre billet, si ça vous intéresse.

Voilà, j'ai fait ma crise d'honnêteté intellectuelle, je me sens mieux.

 

23/12/2014

Attendre jusqu'au 7 janvier

Houellebecq n'avait rien écrit depuis "La Carte et le territoire", qui avait eu le prix Goncourt en 2010. Voilà déjà une bonne raison pour attendre avec impatience la sortie de "Soumission" le 7 janvier prochain. 

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 Le roman n'est pas encore en librairie qu'il fait déjà polémique puisque le sujet a fuité : le livre parle de l'islam, Houellebecq mettant en scène une future élection présidentielle où le parti imaginaire de la Fraternité musulmane l'emporterait au 2ème tour. Les journalistes, enfin certains journalistes, et les internautes, enfin certains internautes, adorant se ruer sur Houellebecq pour polémiquer sans fin, les commentaires les plus inutiles circulent déjà.

Il est donc urgent de lire l'excellent article de Nathalie Crom dans Télérama qui donne trois bonnes raisons de lire "Soumission". La première est que ce n'est pas "le brûlot anti-islam que commentent et éreintent, sans l'avoir lu, de nombreux internautes". La seconde, c'est que Houellebecq, qu'on l'aime ou non, est un observateur impitoyable de la société occidentale, de "ses inquiétudes et ses impasses" et dont il devine, pressent, imagine avec acuité les devenirs possibles. Enfin, Houellebecq est en France l'un des écrivains majeurs contemporains et, selon Emmanuel Carrère, "il occupe la place laissée vacante par Sartre".

Lire l'article de Télérama

Beaucoup de gens détestent Houellebecq sans jamais l'avoir lu, à cause de son allure de pauvre type lessivé et de son image de provocateur compulsif. C'est ainsi que l'on passe à côté de son intelligence rare et de sa grande culture. Des lecteurs de "La Bonne distance", qui n'aimaient guère Houellebecq au départ, sont venus me voir pour me dire que le livre avait changé leur vision du personnage et leur avait donné envie de se plonger dans son oeuvre, au moins pour se faire une idée personnelle. Ces retours me réjouissent ! En conclusion, si vous n'aimez pas Houellebecq et redoutez de lire "Soumission" tout en vous désolant du risque de passer à côté d'un auteur majeur, alors lisez  "La Bonne distance" avant et laissez-vous contaminer !

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20/12/2014

Les Noces incertaines

Lorsque je choisis un livre, je procède toujours plus ou moins de la même manière: je passe ma main sur le papier, je lis le titre, jette un oeil sur la quatrième de couverture puis lis une ou deux pages au hasard. Si ça me plaît à toutes les étapes, je prends.

Avec Les Noces intertaines d'Isabelle Flaten, le plaisir est partout : le beau papier caressant la main qui l'effleure, le titre poétique, la quatrième de couverture qui évite tout racolage, et les peintures de Jean-Luc Brignola que l'on découvre ici ou là, parfois au milieu. On découvre aussi les belles Editions du Réalgar.

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Mais surtout, il y a le texte maintenant lu, depuis son début jusqu'à sa fin, sans lâcher, sans respirer parfois, tellement il sonne à l'estomac. Une histoire douce-amère, l'amour encore possible, peut-être, malgré l'âge qui vient et le non-dit qui obscurcit. Une observation sans concession des rapports amoureux et surtout des silences qui les émaillent.

"Mais peut-être est-ce par frousse qu'ils évitent de faire des phrases, ou encore par débine parce qu'ils le savent, il y a des risques, les mots sont sournois, dissimulés les uns derrière les autres, capables sur un coup de tête ou sur un coup de coeur de jaillir bien trop loin ou bien trop fort dans un propos intrépide, irrattrapable parfois, dont l'empreinte scelle à jamais une relation pour le meilleur ou le pire."

Oui, une langue magnifique, que je ne peux vous faire partager qu'en citant des passages du livre d'Isabelle Flaten, mes mots peinant par trop à parler des siens.

"Mais le mensonge est une saison morose où tout se referme, les flétrissures dans leur coquille et les paupières sur la laideur des choses."

Merci Isabelle, le voyage était merveilleux.

29/05/2014

De la première phrase au rayon de la librairie

Ecrire, c'est un parcours du combattant. Entre l'idée qui se dessine et la première phrase jaillissant de la trépidation impatiente des doigts sur le clavier, se déroule toute la période de recherche documentaire, du carnet de notes où tout arrive en vrac, des heures passées sur internet ou dans d'autres livres, dont la pile se verticalise de jour en jour.

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Ensuite, de la première phrase (jaillissant etc) à la dernière, aussi importantes l'une que l'autre, des mois et des mois de réclusion volontaire. Après cela, laisser reposer, lire et relire encore, retailler ici et là, traquer les fautes, les coquilles, les lourdeurs, les répétitions. Puis laisser reposer. Relire. Encore et encore. Puis vient le temps de la recherche d'un éditeur, des dizaines de courriers portant espérance, de longs mois d'attente déraisonnable traversée par le doute. Si tout va bien, un éditeur téléphone son oui, on exulte. Viennent alors les ultimes relectures et la fabrication. A ce stade-là, on se souvient à peine du commencement des choses. Enfin, le livre sort.

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Et c'est là… que les vraies difficultés commencent.

Sauf à être un mastodonte de l'édition, propulsant ses nouveautés par cartons entiers au moyen d'un diffuseur, figurer en librairie représente pour l'éditeur un travail titanesque : du porte-à-porte avec une valise pleine de livres. Et environ 3 000 librairies en France. Une mission impossible. Un travail de fourmi qui prend du temps, beaucoup de temps. Le raz-de-marée n'est pas en vue, pas même l'inondation, ni l'averse, juste quelques gouttes ici et là.

Il faut saluer l'engagement des éditeurs indépendants, patients et obstinés, et celui des libraires indépendants qui les accueillent.

En Lorraine, on peut trouver La Bonne Distance chez 4 libraires que je remercie chaleureusement :

NANCY       : Librairie DIDIER et librairie L'AUTRE RIVE

METZ          : Librairie HISLER EVEN

LUNEVILLE : Librairie QUANTIN

13/02/2014

Un trouble existentiel

 

Trébucher dans ma précédente note sur le Salon du livre féminin m’a finalement donné envie de réfléchir à ce qui me dérangeait dans cet intitulé. Une remarque préalable sur ce titre : il semble que le « Salon du livre féminin » soit surtout un « Salon féminin du livre », auquel sont exclusivement conviées des auteurs femmes. L’ordre des mots a son importance. Alors si les organisateurs ont délibérément mis les mots dans cet ordre il faut s’interroger : qu’est-ce qu’un livre féminin ? et, en miroir, un livre masculin ?

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 Quand j'ai écrit Le Nœud de pomme, j'ai pensé que les souvenirs évoqués par la narratrice (l'enfance, le deuil, l'amour) étaient partageables par tous et je ne m'adressais pas à un lectorat féminin. D'ailleurs, les hommes ayant lu le roman l'ont aimé… J’ai regretté que sur la quatrième de couverture, la phrase initiale : « Combien de moments forts dans une vie ? » soit devenue « Combien de moments forts dans une vie de femme ? », phrase de nature à faire tourner les talons à tous les lecteurs masculins ! Je ne me considère pas comme une femme qui écrirait en direction des femmes mais comme un auteur qui écrit en direction de lecteurs.

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Dans une culture historiquement masculine, les livres dits féminins seraient cantonnés à l’exploration de l’intime, du corps et du quotidien. Rien ne change : aux hommes l’espace public, aux femmes les territoires intimes. On bégaye dans un rapport hiérarchisé : le féminin serait quelque chose qui ressemble au masculin mais en moins bien. Il faut donc apposer un adjectif, et parler d’un roman féminin… C’est cantonner les romans écrits par des femmes dans une sous-rubrique, et ajouter un nouvel item aux romans de genre : policier, aventures, fantastique, et… féminin.

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Résister à l'hégémonie masculine dans les domaines artistiques mais aussi professionnels en général… Une question qui traverse l'actualité de ces dernières semaines. Des solutions ? Des parades ? Faut-il organiser des salons féminins, des festivals féminins, des colloques féminins ? Il y a un paradoxe dans toute discrimination positive : en voulant à juste titre réparer une injustice, elle renforce un sentiment de minorité. Voilà donc ce qui me dérange dans un Salon du livre féminin : l’idée d’un ghetto littéraire, de l’existence d’écritures communautaires, de sous-genres où l’on se retrouverait enfermés malgré soi. Mais ce trouble existentiel ne va pas m’empêcher d’y aller, parce que cela reste une belle initiative culturelle, et aussi pour voir si un Salon féminin est différent d’un Salon normal (masculin), pour paraphraser Coluche et son normal (blanc).

 

16:48 Publié dans Billets | Tags : chambrot, salon, roman, féminin | Lien permanent | Commentaires (0)